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Le premier en date des monuments que conserve l'Alsace est le fameux Mur païen qui enserre la Montagne sacrée de Sainte-Odile.
C'est un monument de défense militaire ; il y a là une indication qui a son importance. L'histoire mouvementée de cette province a fortement déterminé le visage particulier de sa production artistique, depuis la préhistoire, les vestiges romains et gallo-romains, les châteaux féodaux, les petites villes et bourgades serrées étroitement dans leurs murs et leurs remparts, les cimetières fortifiés, les façades d'églises sévères, menaçantes comme des murs de forteresse, jusqu'aux ouvrages de défense de Vauban et au delà.
Guerres et révolutions qui ont déferlé, sans cesse depuis deux mille ans, sur l'étroite bande de terre entre le Rhin et les Vosges, ont dévasté, détruit beaucoup d'œuvres d'art, dont il ne reste souvent qu'un souvenir plus ou moins légendaire.
Mais toujours à nouveau, sur cette terre vouée aux horreurs de la destruction et à la fureur des iconoclastes, avec l'optimisme têtu qui est le trait de caractère dominant de sa population, l'Alsace a repris l'effort créateur.

Période phéhistorique
Peut-on considérer le Mur païen comme une œuvre d'art ?
Il l'est par la grandeur de sa conception, comme le sont les amas titanesques de blocs à Tirynthe et à Mycènes.
Quelle est l'époque de sa construction ? Les opinions des spécialistes de la préhistoire diffèrent et différeront sans doute toujours sur cette question.
Une chose paraît aujourd'hui certaine, c'est qu'il est l'œuvre de la population autochtone qui a précédé la conquête romaine et qu'il était destiné à protéger cette population celtique contre l'envahisseur d'outre-Rhin.
Serpentant à travers monts et vallons sur un parcours de près de douze kilomètres, gardant un espace de plus de cent hectares, il est un des plus puissants monuments préhistoriques d'Europe.
Les énormes blocs non maçonnés, mais reliés par des entailles en queue d'aronde , ont servi à construire un castrum romain, puis, au moyen âge, ont fourni les matériaux des châteaux féodaux, couvents et bourgades ; il en reste encore assez de tronçons qui suscitent l'admiration pour le travail de géants accompli là-haut, sur les plateaux du Mont .Sainte-Odile et du Mené!.

Période Gallo-Romaine
Rome, en assujettissant le pays, apporta sa rigoureuse organisation administrative et militaire, mais aussi les bienfaits de sa civilisation. Les témoins de cette vie nouvelle sont innombrables ; sans cesse, la terre creusée par le soc du laboureur, par la pioche du constructeur, voire par les engins de destruction en met au jour de nouveaux, confirmant, complétant ce que le patient travail de conjectures des archéologues a établi.
C'est ainsi que le tracé des castra romains d'Argentorate-Strasbourg et de Tres Tabernae devenues Saverne a été relevé avec une minutie et une patience admirables.

Mais si la moisson archéologique est abondante, le rendement proprement artistique l'est beaucoup moins. De l'architecture romaine notamment il ne subsiste, en Alsace, rien qui puisse donner lieu à une appréciation artistique, même à Saverne, où les tours de l'enceinte romaine sont partiellement conservées, mais amalgamées avec les successives fortifications médiévales au point de devenir méconnaissables.
L'Alsace ne possède aucun monument d'architecture qui soit comparable par exemple' aux imposants restes de l'aqueduc de Gorze, dans la Moselle voisine.
Le peu qu'on a trouvé de sculpture proprement dite, par exemple quelques têtes d'empereurs ou d'impératrices, est de production romaine courante, en marbre blanc ou en bronze, matériaux étrangers.

Nombreux par contre sont les échantillons d'arts mineurs. Parmi eux les monuments funéraires, romains ou gallo-romains, méritent une attention particulière.
Nous disons romains ou gallo-romains , car il en est de trois espèces nettement distinctes.

Les pierres tombales trouvées à'Strasbourg sont en majeure partie de pur style romain. Monuments d'officiers, de soldats, de fonctionnaires romains venus du dehors et qui ont conservé, jusque dans la mort, leurs mœurs et coutumes ; la facture de ces pierres, les ornements, les inscriptions, tout indique l'origine italienne.
Le conquérant avait amené ses artistes.

Une deuxième catégorie de monuments nous intéresse davantage. A Saverne surtout, où, pendant les premiers siècles de l'Empire, il n'y avait pas de garnison permanente, il s'est trouvé un grand nombre de pierres tombales qui portent des noms gaulois plus ou moins latinisés, dans la proportion de trois contre un nom romain.
Ces monuments, qui conservent la forme et la proportion des pierres tombales romaines, ont manifestement été taillés par des artistes ou des artisans locaux.
Souvent d'une qualité assez fruste, ils ne laissent pas d'émouvoir, étant les premiers vestiges d'une activité artistique des hommes de notre terroir.

C'est encore pour ce motif plutôt sentimental qu'on fait mention ici de la troisième espèce, ces étranges pierres funéraires en forme de toit pointu, trouvées en grand nombre dans les montagnes qui s'étendent de Saverne jusqu'à Dabo et où l'on a cru reconnaître la forme même de la maison paysanne alsacienne telle qu'elle se serait maintenue à travers les siècles jusqu'à nos jours.
Il faut présumer que la population indigène, abandonnant au conquérant la plaine, s'était retirée dans les montagnes, où elle continuait à vivre de sa vie propre.
Certaines de ces pierres affectent la forme, plus traditionnelle en Gaule, des menhirs ; .l'ornement est celui de tous les arts primitifs : formes géométriques, symbolisant, plus qu'elles ne les représentent, des fleurs, le disque solaire, le phallus.
Parfois, les stèles se rapprochent de la forme de l'obélisque, portant, grossièrement taillées dans le grès rouge ou gris des Vosges, de barbares formes humaines ; ce sont peut-être là des idoles de divinités inconnues.

Les premières figures religieuses certaines qui aient été trouvées en Alsace sont de deux types, connus partout où s'est étendue la domination romaine.

C'est d'une part le bloc triangulaire ou quadrangulaire, portant sur chacune de ses faces la figure d'une divinité, Mercure par exemple, Hercule, Jupiter, Minerve, Junon, la Victoire ; quelquefois aussi à ces divinités se substituent d'autres, locales, telles qu'Epone, déesse des chevaux et du bétail, Hésus, dieu de la guerre, Vosegus ou encore Rhenus, les dieux des Vosges et du Rhin.

L'autre type de monument religieux est la colonne de Jupiter , assez répandue en Gaule et en Germanie romaines et dont il a été trouvé d'importants fragments partout à travers l'Alsace, à Strasbourg, à Seltz, à Ehl, dans les montagnes de Niederbronn, au Wasserwald près de Saverne et enfin près des temples gallo-romains situés au sommet du Donon, dans la vallée de la Bruche.
Ces colonnes de Jupiter étaient composées d'abord d'une base quadrangulaire portant les effigies de quatre divinités et ressemblant ainsi aux autels dont nous venons de parler.
Cette base elle-même était surmontée d'une importante colonne, lisse ou ornée, dont le chapiteau portait les têtes des Quatre Vents et qui servait de support à la statue d'un cavalier lançant la foudre et galopant sur un homme à corps de serpent.
La signification de ces constructions complexes n'a pu être établie avec certitude ; on admet généralement qu'il s'agit de monuments religieux glorifiant le triomphe de Jupiter sur les Géants ; d'aucuns, du fait que ces colonnes se trouvent surtout le long de la frontière de l'Empire, ont voulu y voir évoquées les victoires des Césars sur l'ennemi, en l'espèce l'envahisseur germanique ; d'autres encore y voient simplement des monuments destinés à appeler la protection divine contre les méfaits de la foudre.
Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse de monuments religieux ou politiques, voire de paratonnerres, on est à peu près d'accord pour en placer l'érection au troisième siècle de notre ère.

Les légions romaines amènent avec elles les dieux nouveaux ou exotiques dont le culte commence à supplanter celui des dieux gréco-latins, moribonds.
Avant que ne triomphe le christianisme, c'est à Mithra, divinité de la religion mazdéenne, que l'on érige des sanctuaires en Alsace romaine. Le plus important d'entre eux a été découvert, en 1911, à Kœnigshofîen, faubourg occidental de Strasbourg, sur la vieille voie militaire qui reliait les castra d'Argentorate et de Très Tabernae.
On sait que le culte du dieu perse se célébrait en des grottes naturelles, comme il s'en trouve tant dans les Vosges moyennes, ou artificielles.
A Kœnigshoffen, c'est un véritable temple qui a été découvert, mais quelques marches descendant vers la cella voûtée et obscure rappelaient le caractère traditionnel du sanctuaire mithriaque ; parmi les autels consacrés aux divinités secondaires se trouvaient celui d'Attis, satellite habituel de Mithra, mais aussi d'un dieu gallo-belge, Crissonius.
Le relief principal, qui représente la scène traditionnelle du jeune dieu tuant le taureau, entouré du chien, du serpent et du scorpion, est très mutilé ; la tête notamment n'a pu être retrouvée ; mais ce qu'il en reste permet d'apprécier un style de qualité exceptionnelle, où l'on a cru reconnaître une main grecque ; l'époque serait le deuxième siècle de notre ère.

A côté de ces pièces taillées, on a mis au jour, dans tous les anciens centres romains, un très grand nombre d'objets de tout ordre, armes, fibules, parures en bronze, en argent doré, coupes et vases en terre sigillée, bouteilles en verre opalin, etc.
Quelques verres, particulièrement beaux, portent des figures gravées d'inspiration chrétienne.
Ce seront les derniers témoignages d'une activité artistique en notre province, pour longtemps.

En 357, le César Julien, en 377, Gratien remportent deux dernières victoires sur les Alamans.
Bientôt les digues céderont de toutes parts sous la poussée barbare.
Au début du ve siècle, les légions romaines abandonnent le pays, et c'est la ruée générale des Germains vers l'intérieur de la Gaule. Saint Jérôme nous a conservé la lamentation impuissante du Romain assistant au déluge des Quades, des Vandales, des Sarmates, des Alains, des Gépides, des Hérules, des Saxons, des Burgondes, des Alamans déferlant sur ce qui était une terre de haute civilisation, brûlant, pillant, tuant.

C'est maintenant la nuit barbare qui couvre l'Alsace. Les Alamans sauvages sont bousculés à leur tour par les Huns, ceux-ci par les Visigoths et les Francs.
A la fin du ve siècle c'est la domination franque qui s'établit, solide.
Le conquérant absorbe la population gallo-romaine ou la relègue au rang d'une classe inférieure ; il impose sa langue.

Naissance de l'Art Médiéval
Au point de vue artistique la période mérovingienne n'a laissé à peu près aucune trace.
Le peu qui a été trouvé dans les tombes de cette époque présente presque exactement les formes et les ornements coutumiers aux artisans gallo-romains, soit que les nouveaux maîtres aient simplement imité ce qu'ils avaient trouvé sur place, soit qu'il s'agisse d'objets anciens sauvés du déluge.
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Des monuments de ces premiers siècles chrétiens nous ne savons rien de précis.
La tradition populaire veut que Clovis ait érigé une église à l'emplacement de l'actuelle cathédrale de Strasbourg et que le roi Dagobert ait eu de somptueuses résidences à Marlenheim, à Rouffach et ailleurs.
Histoire? Légende? Le sol n'a pas livré ses secrets.
Il manque aussi, en Alsace, les châsses, les calices et les patènes, les évangéliaires, les émaux et les nielles qui constituent, ailleurs, les pièces maîtresses de l'art mérovingien et carolingien.
Une seule pièce subsiste qui remonte peut-être au VIIe siècle : un sarcophage aux ornements frustes conservé au Mont Sainte-Odile et qui serait celui d'Etichon, duc d'Alsace, père de la Sainte.
La fameuse stèle quadrangulaire qui porte la première image de la patronne de l'Alsace, malgré son style primitif, ne semble dater que de la fin du XIIe siècle. D'architecture remontant au delà de l'an Mille nous ne connaissons guère que la partie occidentale de la crypte d'Andlau, construite par Richarde, épouse de l'Empereur Charles le Gros.

C'est le XIe siècle, siècle de foi, siècle où Rome triomphe définitivement des Empereurs du Saint Empire Germanique, qui voit éclore sur le sol d'Alsace une première floraison d'églises et de couvents.
Les plus anciennes qui existent encore sont l'église abbatiale d'Eschau, à une douzaine de kilomètres de Strasbourg, et celle du village d'Avolsheim, primitivement en forme de croix grecque.
A un quart d'heure de distance de cette dernière, en pleins champs, se trouve le pittoresque Dompeter-domus Petri-basilique d'un village détruit pendant la Guerre de Trente Ans, qui a été consacrée en 1049 par le pape alsacien Léon IX, en même temps que les églises paroissiales d'Andlau et d'Ottmarsheim, petit village situé entre Mulhouse et le Rhin.
Cette dernière est l'unique exemple existant en Alsace (l'abbatiale d'Honcourt près de Ville ayant été détruite au XVIIIe siècle) d'une église octogonale à coupole, inspirée de la Palatine de Charlemagne à Aix-la-Chapelle et, par là, de San Vitale à Ravenne.
Sans être comparable à la majesté du mausolée de l'Empereur ni aux splendeurs mystiques de la merveille éclose dans les marécages adriatiques, Ottmarsheim reste attachant par l'harmonie des proportions intérieures et l'ingénieuse ordonnance des motifs architecturaux, notamment celui, repris d'Aix, qui lui-même l'a repris au Panthéon, des deux colonnes touchant directement la voussure du plein cintre.

Contemporaine de ces églises modestes, la somptueuse première cathédrale de Strasbourg, dont la construction fut entreprise par l'évêque Werinhar de Habsbourg à partir de l'année 1015, a presque complètement disparu.
On sait que l'Empereur Henri II, dont le nom est lié aux cathédrales de Bamberg, de Bâle et de Verdun, s'est intéressé à l'œuvre entreprise par son ami Werinhar.
Pour juger des proportions, absolument insolites à cette époque, de ce monument, il suffira de dire que la cathédrale actuelle a conservé le tracé de l'église de Werinhar et que celle-çi le dépassait même sensiblement a l'ouest. C'était une basilique à trois nefs, couverte en charpente.
L'abside, adhérant sans transition au transept, était surmontée d'une grande tour.
Quant à la façade, à une ou deux tours, il est permis de supposer qu'elle a inspiré les constructions, sensiblement postérieures, de Marmoutier et de St-Thomas de Strasbourg, aux façades austères jusqu'à la sévérité.
Des incendies répétés ont anéanti la basilique de Werinhar ; la cathédrale actuelle conserve de sa devancière la partie orientale de la crypte ainsi que l'énorme bloc rectangulaire du chevet qui enserre extérieurement l'abside et qui portait la tour.

l' Architecture Romane
C'est le XIIe siècle qui amène, en Alsace, la maturité du style roman. Époque relativement tardive si l'on considère que, depuis 1060 ou 1080, on construit Pise, Cluny, St-Sernin de Toulouse et Spire.
Ce retard a eu, pour l'architecture romane d'Alsace, des conséquences heureuses.
Placée au carrefour des routes i France, d'Allemagne, d'Italie, elle a accueilli et assimilé tour à tour les influences les plus diverses, bourguignonnes surtout, rhénanes, transalpines, voire orientales.
C'est ainsi qu'a, été rendu possible cet épanouissement merveilleux qui donne, aujourd'hui encore, son visage à l'architecture religieuse de notre province.
Car il ne faut pas que la gloire de la cathédrale de Strasbourg fasse oublier que les églises romanes, en Alsace, sont supérieures en nombre et en qualité à celles de l'époque gothique.
On a fort judicieusement fait observer que le style roman semble, mieux que le gothique, répondre au caractère de l'Alsacien moyen, solide, un peu lourd, positif et peu enclin à se perdre dans les nuées.

e roman alsacien est, de surcroît, particulièrement sobre de décoration et fort éloigné du style orné que l'on voit par exemple à Notre-Dame la Grande de Poitiers, à St-Trophime d'Arles, à Vézelay, ou encore en Lombardie et en Toscane. Pourtant, l'art italien a pas laissé d'inspirer les constructeurs alsaciens.
C'est ainsi que St-Pierre-St.Paul à Rosheim montre une ravissante façade sans tours, dont la proportion élégante évoque celle de la cathédrale de Pise, contrastant d'ailleurs avec un intérieur d'une farouche grandeur. Autre contraste saisissant, de cette façade, gracieuse comme un air de Mozart, à celle, menaçante et sombre, de Marmoutier.
Abbatiale d'un célèbre couvent de Bénédictins situé à quelques kilomètres de Saverne, l'un des plus anciens de la région, elle est un exemple de ce mélange de styles que nous trouvons partout en Alsace.
A la façade romane fait suite une nef gothique très pure, le transept est du style de transition ; et le chœur, œuvre gothique érigée au XVIIIe siècle (!), contient d'admirables stalles de cette époque.
Les trois tours étrangement rapprochées les unes des autres, et la façade qui est un véritable transept occidental, forment un énorme bloc de maçonnerie percé seulement de la triple arcade du porche s'ouvrant sur un narthex ; ensemble puissant, d'une originalité sans exemple dans l'architecture romane d'Alsace. Monumental également, St-Léger de Guebwiller présente l'exemple, rare en notre province, d'un porche s'étendant sur toute la largeur de la façade, tours comprises.
Contrairement à Marmoutier, l'architecte ici joue du contraste de l'ombre et de la lumière, creusant profondément les surfaces de porches, de baies et d'arcades, multipliant les colonnettes des fenêtres, accentuant le profil des lisènes, des frises, des contreforts et de l'ornement en forme de treillis qui couvre le fronton central.

De l'ancienne abbatiale de Murbach, situé dans un magnifique décor de montagnes au pied du Grand Ballon, il ne reste plus que le transept flanqué de deux tours carrés et le chevet très élevé, droit, sans abside.
Telle quelle, Murbach où l'esprit de Cluny est sensible, est la plus classique des églises romanes d'Alsace, d'une simple grandeur, pleine de mesure, d'un goût parfait.
Ste-Foi de Sélestat (vers 1200) plus ornée, plus romantique, s'il est permis d'employer ici ce terme, a été terriblement restaurée au siècle dernier; ce qu'il en reste d'authentique, le chœur orné de colonnettes, de damiers, de tresses et de torsades, et sa belle tour octogonale à la flèche convexe, dénote des influences bourguignonnes et méridionales, que l'on retrouve d'ailleurs dans certaines églises rhénanes contemporaines telles que la cathédrale de Worms.

Ces œuvres maîtresses de l'architecture romane en Alsace s'accompagnent d'innombrables autres, parmi lesquelles nous mentionnerons : la chapelle de la Croix au Mont Sainte-Odile ; St-Adelphe de Neuwiller-lès-Saverne ; le chœur de St-Pierre-St-Paul, paroissiale de la même petite cité, qui présente un savoureux mélange de styles allant du XIe au XVIIIe siècle, et dont la chapelle St-Sébastien, à deux étages, est d'une pureté de style admirable ; St-Georges de Haguenau ; les belles ruines de Niedermunster, perdues dans les forêts de Ste-Odile ; le majestueux clocher de Gueberschwihr ; le chœur de Pfaffenheim ; Alspach dégradé en usine ; les abbatiales de St-Jean-des-Choux, de Surbourg, de Lautenbach, cette dernière fortement refaite au XIXe siècle, mais qui possède un élégant et original narthex.
Enfin St-Etienne de Strasbourg, la plus ancienne des églises de la ville, cruellement mutilée à travers les siècles, et dont un bombardement aérien, en 1944, na laissé subsister que le simple et beau transept aux trois absides.
Et gardons-nous d'oublier les innombrables églises de campagne remontant à cette époque, les Cendrillons de village, les clochers dans les vignes , humbles, frustes, mais où telle arcade d'un goût parfait, tel ornement discret on truculent témoigne de l'invincible aspiration à la beauté, innée à la race.

On peut noter, à travers toute l'histoire de l'architecture en Alsace, une tendance nettement conservatrice, une lenteur à adopter le nouveau.
En un temps où le nouveau langage de formes né en Ile-de-France et qu'on appellera le style gothique, épanouit sa floraison splendide, c'est tout juste si, chez nous, apparaissent timidement et de loin en loin quelques formes ogivales.
Alors que, depuis plus d'un siècle sont achevés l'abside et les arcs-boutants de Notre-Dame de Paris, ce miracle de hardiesse et d'élégance imaginé par le nouvel art de construire, l'église St-Thomas à Strasbourg conserve la carrure du style roman et sa silhouette de château fort, sur laquelle viennent paradoxalement se poser quelques éléments gothiques.

Enfin, à Andlau, par un phénomène d'archaïsme fort rare et du moins en Alsace unique les piles du XIIe siècle supportent des voûtes cruciformes construites en plein XVIIe, de style roman tel qu'on pouvait l'entendre à cette époque; les bas-côtés sont éclairés de fenêtres en plein cintre, contrastant étrangement avec les tribunes bordées de balustres qui s'étendent des deux côtés de la nef.
La lente transition du roman au gothique se lit à livre ouvert, même pour un profane, à la cathédrale de Strasbourg qui concentrera pour un long temps tous les efforts artistiques de la région.


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